Lieutenant-Colonel de Maumort: A Novel
Roger Martin du Gard (auteur)
Luc Brébion (traducteur), Timothy Crouse (traducteur)
Knopf 1999

Lieutenant-Colonel de Maumort est l’une des œuvres maîtresses de Roger Martin du Gard, le couronnement d’une carrière qui inclut le Prix Nobel de littérature en 1937. Écrite pendant dix-huit ans, durant la dernière période de sa vie, et destinée à être lue uniquement à titre posthume, cette formidable création a pour objet l’examen implacable de l’énigme de notre ambivalence morale : pourquoi, alors qu’on sait ce qu’est le bien, choisit-on le mal ? La réponse complexe de Martin du Gard constitue une des critiques du comportement humain les plus dévastatrices qui aient jamais été faites. L’auteur présente ses réflexions sous la forme d’un mémoire rédigé par Bertrand de Maumort, aristocrate, militaire, intellectuel – de toute évidence la fine fleur de la culture européenne à son apogée.

Né en 1870, Maumort est élevé dans un château où une série de professeurs particuliers à l’esprit ouvert s’occupent de son éducation. Plus tard, pendant qu’il prépare son entrée à l’école militaire de Saint-Cyr, il habite chez son oncle Éric, membre de l’Institut, dont les soirées du dimanche attirent une société de renom comme Renan,Tourgueniev, Daudet et Pasteur. Hautement conscient des avantages offerts par les circonstances, Maumort aspire à la compréhension de lui-même et à une objectivité transcendante dans ses relations avec le monde. Mais, alors qu’il décrit les différentes étapes de sa vie […], il révèle, à son corps défendant, un envers : ses préjugés, ses aveuglements et ses défaillances morales. A travers son portrait de Maumort et ceux d’une fascinante collection de personnages secondaires, Martin du Gard dissèque l’humanité en général, et se demande si une vraie civilisation ou même un quelconque progrès humain existe. Le résultat est une œuvre d’une honnêteté extraordinaire, combinant l’envergure de Tolstoï, (qu’il reconnaît comme son maître), l’analyse pénétrante de Proust et la profondeur spéculative de Montaigne.

Roger Martin du Gard est né en 1881. Paléographe de profession, il se voue à l’écriture vers vingt-cinq ans, et, en 1913, publie sa première œuvre majeure, Jean Barois. En 1920, il commence une saga comprenant huit parties, Les Thibault, et reçoit le Prix Noel en 1937 pour son septième volume, Été 1914, un compte-rendu des tribulations des frères Thibault alors qu’ils font face à l’approche de la première guerre mondiale. Auteur prolifique, qui a vécu à la campagne et s’est consacré presque seulement à sa vocation, il a aussi écrit plusieurs pièces de théâtre. C’est pendant l’occupation allemande de la France que Martin du Gard compose Le Lieutenant-Colonel de Maumort. L’inclusion du roman dans la prestigieuse collection de La Pléiade, quand il a paru en 1983, a confirmé son statut de classique.

Ce que nous avons là dans la traduction anglaise est un volume soigneusement assemblé sur une période de cinq ans par André Daspre, professeur à l’Université de Nice. Il a été publié en France dans son texte original en 1983, accompagné d’un abondant appareil critique. Les traducteurs ont consacré pas moins de sept ans à la préparation de leur version, et ils méritent d’être félicités pour l’excellence du résultat. La traduction est exacte, et se lit avec autant d’aisance que si elle avait été écrite directement en anglais.
(The New York Review of Books, 2000)

Présenté élogieusement par l’éditeur comme la traduction tant attendue d’un chef-d’œuvre des romans du XXe siècle, voilà une rare occasion où l’hyperbole est justifiée—Lieutenant-Colonel de Maumort est un véritable évènement […]. Pendant toute la lecture du livre, viennent en mémoire des antécédents littéraires illustres, en commençant par Les Confessions de Saint Augustin ; dans cette réalité historique et sociale campée d’un trait sûr, il y a des échos reconnaissables de Tolstoï ; l’examen que Maumort fait de lui-même et de ceux qui l’entourent rappelle Proust […].

Pour les passionnés ou pour ceux qui veulent avoir un aperçu du travail créatif de Martin du Gard, le volume contient également des lettres écrites par Maumort ainsi qu’un journal.

Brian Kenney (Booklist, January 1, 2000)

Lieutenant-Colonel de Maumort est la première traduction en anglais d’un roman laissé partiellement incomplet à la mort de l’auteur ; c’est aussi la première édition qui inclut toutes les parties laissées à l’état brut, mais d’un intérêt constant […] Les mémoires de Maumort sont étayés par ses lettres à un ami très proche et, en conclusion, par une collection de réflexions diverses et d’aphorismes sur nombre de sujets qui évoquent les Pensées de Pascal et même les essais de Montaigne. Le roman demande une lecture attentive, et, peut-être même, des relectures. Cette description implacable, héroïque, d’un esprit torturé et d’une âme acharnée à se comprendre offre, au bout du compte, une expérience à nulle autre pareille.

Un des grands admirateurs de Martin du Gard, Albert Camus, a appelé le romancier, qui était plus âgé que lui, «notre contemporain perpétuel ». Cette symphonie inachevée de l’auto-exploration est à la fois au niveau des modèles dont l’auteur a reconnu la filiation, Tolstoï et Proust, et une œuvre d’une stupéfiante originalité.

(Kirkus Reviews Associates, 1999)

Les traducteurs Luc Brébion and Timothy Crouse ont accompli un travail en tout point remarquable et on doit leur laisser le dernier mot: « Dans Lieutenant-colonel de Maumort, Martin du Gard fait un examen impitoyable du comportement humain. Il faut au lecteur une certaine force de caractère pour en supporter l’impact, mais, s’il s’y risque, il sera largement récompensé de son audace. »
(Virginian-Pilot, 2000)


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